Publié : 30 avril 2015

Constance

Dans le cadre de notre projet sur 2 ans, nous avons eu une visite dans le centre d’accueil des demandeurs d’asile de notre ville.
Notre visite a d’abord commencé avec une sorte de conférence, animée par plusieurs membres du personnels du CADA : Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile.

I- Présentation :

On nous a expliqué qu’il y avait deux dispositifs à Vernon : le CADA, qui permettait d’accueillir 140 personnes et l’ADOMA, qui est un foyer pour travailleurs migrants et qui permet d’accueillir 207 personnes. Le CADA est un hébergement seulement pour le temps de la procédure de demande d’asile. Un demandeur d’asile est une personne qui a fui son pays parce qu’elle courait un risque pour sa vie. Un demandeur d’asile a droit au séjour, à une aide sociale de l’État, un hébergement d’abord au SAMU puis au CADA, une aide médicale ainsi qu’une allocation pour subvenir aux besoins quotidiens. Cependant, l’allocation apportée aux demandeurs d’asile est extrêmement modeste et diffère selon le nombre de personnes par famille. Pour une personne seule elle s’élève à 202 euros et pour une famille de 4 personnes à 494 euros. Néanmoins, un demandeur d’asile n’a pas tous les droits : pas le droit de travailler ou de suivre une formation professionnelle.

Le personnel, qui est composé à Vernon de 6 intervenants sociaux et d’un animateur, aide les personnes tout le long de la procédure. Les intervenants sociaux aident les demandeurs d’asile pour un grand nombre de choses : ils les aident à se faire comprendre par les établissements scolaires afin de scolariser leurs enfants, mais également pour les soins médicaux, pour le changement d’adresse, pour avoir le récépissé à la préfecture. Mais ils aident aussi au moment où le droit d’asile est accordé par exemple dans la recherche d’un travail ou d’un logement. En plus de toute cette aide, les intervenants accompagnent les demandeurs d’asile dans les activités sociales et culturelles ainsi que dans l’insertion sociale et professionnelle.
Sur Vernon, le CADA accueille des familles mais aussi des personnes isolées. Il y a des chambres individuelles mais les sanitaires et les cuisines sont communes.
Lorsque nous y sommes allés, les principales origines des demandeurs d’asiles était la République Démocratique du Congo, l’Afghanistan, la Russie et le Tibet mais bien évidemment cela change en fonction de la situation géopolitique des pays.

La procédure afin d’obtenir le droit d’asile est longue et très complexe. Tout d’abord, il faut savoir qu’il existe une plate forme d’accueil dans chaque région. Les arrivants y vont pour prendre rendez-vous avec la Préfecture. Il faut un premier rendez-vous pour prendre la prise des empreintes digitales, puis la préfecture délivre un récépissé un mois après ainsi qu’un questionnaire. Le demandeur d’asile dispose alors de 21 jours pour remplir ce questionnaire et envoyer son dossier à l’OFPRA, Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides. Le dossier sera alors transmis à un officier de protection qui étudiera le dossier et rencontrera la personne. L’OFPRA possède une liste des pays sûrs : les personnes qui viennent de ces pays sont moins prioritaires que les autres mais ne seront pas forcément refusés. C’est l’OFPRA qui décide si le droit d’asile est accordé. En cas de refus, la personne peut faire recours au CNDA, qui est la Cour Nationale du Droit d’Asile, dans un délai de 30 jours. Elle y sera reçu avec son avocat et un interprète pour débattre. La cour publie sa décision au bout de 21 jours, et la prise en charge par le centre d’accueil prend fin quelle que soit la décision. La procédure dure en moyenne 600 jours. En cas de refus, le demandeur dispose d’un mois pour quitter le pays.

Il existe deux sortes de protections, qui sont accordées à la fin de la procédure si le demandeur réponds aux critères de l’OFPRA ou si le CNDA le lui accorde.
le statut de réfugié : qui est accordé suivant la convention de Genève. Il est obtenu lorsque la personne craint d’être persécutée à cause de sa religion, sa race, ses idées politiques ou lorsque son pays ne peut pas le protéger. Il obtient alors une carte de séjour de 10 ans ainsi que les droits communs.
Le statut de subsidiaire : lorsqu’une personne ne répond pas aux critères de la convention de Genève mais qu’elle craint la peine de mort ou qu’elle est individuellement exposée dans le cadre d’un conflit armé. La personne reçoit alors une carte de séjour temporaire valable un an. Lors du renouvellement de la protection, l’OFPRA peut réexaminer le dossier et peut décidé de ne pas renouveler la protection.

II- Rencontre :

Nous avons rencontré en petit groupe de deux demandeurs d’asiles. Ils étaient tous deux réfugiés. L’un venait d’Afghanistan : Hamid, qui a 26 ans et viens de Könduz au nord du pays. Dans son pays il était plombier et il a immigré seul en France il y a trois ans. Il ne parlait pas beaucoup et répondait parfois à nos questions par : « je ne peux pas répondre », sûrement à cause de sa situation dans son pays. Nous ne savons donc pas pourquoi il a quitté son pays ni pourquoi il a choisi la France pour se réfugier. Il nous a expliqué qu’il ne projetait pas de quitter la France car il aimait la culture et qu’il aimerait trouver un logement ainsi qu’un travail en tant que plombier. Il a également évoqué le fait qu’il avait du mal à s’intégrer à cause des contraintes du CADA : il ne sortait pas beaucoup et ne voyait pas beaucoup de personnes. Il s’efforce de parler beaucoup avec les autres demandeurs d’asile afin de perfectionner son français. Il a d’ailleurs trois cours par semaine et deux fois par semaine il y a des activités organisées par le CADA. Hamid a 1 heure 30 de cours de français par semaine et il nous a expliqué que pour lui le plus dur était l’apprentissage des verbes et de leur conjugaison. Il utilise souvent un traducteur pour l’aider mais il lit des journaux ainsi que des livres de grammaire pour s’améliorer. Malgré le fait qu’il ne pense pas revenir chez lui, il reste en contact avec sa famille via des e-mails. Il nous a spécifié qu’il aimait la musique et le vélo et qu’il parlait quatre langues. Il nous a expliqué que cela venait du fait que dans son pays il y avait quinze langues.
Nous avons également rencontré Rajaram qui semblait plus réservé. C’est un réfugié âgé de vingt-neuf ans qui a quitté Jaffna qui est la capitale de la province Nord du Sri Lanka. C’était un étudiant, il a étudié à l’université l’informatique et la technologie. Il a quitté son pays pour des problèmes de gouvernement et est en France depuis vingt-trois mois. Nous n’avons pas demandé à quelle étape de leur demande d’asile les deux réfugiés étaient car il m’a fallu un peu de temps pour bien comprendre le fonctionnement mais à d’après le temps qu’ils ont déjà passé en France, on remarque que la procédure est extrêmement longue. Tout comme Hamid, Rajaram ne sort pas beaucoup et lui parle anglais avec les autres demandeurs car il est plus à l’aise dans cette langue. Il nous a expliqué qu’il a eu la chance de faire ses études en Angleterre. Ses projets sont de finir sa formation puis d’acheter un camion afin de pouvoir vendre des vêtements sur le marché. Il sait qu’il ne pourra pas trouver du travail avec sa formation d’informaticien mais il veut tout de même la finir. Il aime beaucoup la culture française malgré le fait qu’elle soit différente de la sienne. Il aime beaucoup la Tour Eiffel et tous les musées parisiens, particulièrement le Louvre avec Mona Lisa. Il nous a dit aussi qu’il trouvait que les Français étaient des gens qui aidaient les autres. Sa famille habite en Angleterre et il communique avec elle par Skype et par téléphone. On voit bien qu’il a apprécié son séjour en Angleterre car il aime beaucoup le cricket, sport emblématique du Royaume-Uni. De même que Hamid, il trouve que la langue française est assez difficile surtout aux niveaux des verbes et des déterminants, il nous a expliqué qu’il s’efforçait de lire afin de s’améliorer. Rajaram nous a également dit qu’il ne pouvait pas rentré dans son pays car les conflits durent depuis maintenant trente ans.

Ce fut la fin de l’interview et nous avons goûté avec tous les demandeurs d’asile qu’y étaient présent.
Finalement, après que l’on ai commencé à manger, Rajaram nous a prise à part Camille et moi pour nous expliquer plus en détail quelques points. Au début je le trouvais plutôt timide mais je pense que c’est parce qu’on était assez nombreux autour de lui et qu’il ne maîtrisait pas trop le français. Il nous a finalement expliqué les « problèmes de gouvernement » qu’il avait seulement évoqués rapidement lorsque nous l’avions interrogé. Le côté Est du pays est aux mains du peuple tandis que le côté Ouest est aux mains du gouvernement – il nous a expliqué que chaque côté avait sa propre langue. Malgré le fait que la guerre civile soit officiellement finie depuis 2009, le gouvernement continue de tuer, tous les jours, des innocents, et c’est pourquoi il est parti. Il nous a expliqué également plus en détail son désir de voir le monde. Il a déjà eu la possibilité de faire ses études en Angleterre mais il nous a conseillé de voyager autant qu’on le pouvait à notre âge parce que lorsqu’on grandit, on ne peut plus trop. Il a notamment parlé de voyages avec six ou sept amis et décrivait cela comme un sentiment de liberté. Il était parfaitement à l’aise et était complètement passionné. Nous avons également échangé sur nos envies de métier, et je me suis rendu compte que c’est en sortant du formalisme de l’interview et de la discussion en groupe qu’il a semblé plus s’exprimer. Il nous a parlé également avec passion de son pays et nous a dit que si un jour nous avions l’occasion d’y aller, il fallait car les paysages étaient magnifiques.

Pendant le retour, nous avons discuté entre camarades de cette rencontre et nous nous sommes raconté les différentes histoires des personnes rencontrées.
Cependant, sachant que durant ces interviews, il n’y avait pas de distances comme avec les médias, les témoignages étaient d’autant plus triste et difficile.